Crédit image : Myleine Guiard Schmid

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Production de semences potagères

Vous voulez apprendre à devenir des pros de la production de semences à titre privé ou pour développer votre activité post-covid.

Voici des tutoriels vidéos complétés par 8 ABC théoriques ou pratiques qui expliquent les bases générales de la production de semences.

Ces films ont été produits par Longo Maï et le Forum Civique Européen, deux associations qui sont depuis longtemps concernées par l’avenir des semences.

Pourquoi produire ses propres semences ?
texte de Jacques Berguerand, Longo maï

Nous produisons nos semences pour que chaque graine participe à la continuité de la vie sur terre et à la dynamique de la biodiversité dont l’homme est partie prenante.

Parce qu’on est dans une époque de conflits, et que chaque guerre, chaque crise économique renvoie les individus, les sociétés civiles, vers leurs besoins les plus essentiels : se loger, s’habiller, se nourrir.

Et le constat est amer : un citadin ne sait plus cultiver une plante, un paysan dépend presque exclusivement de quelques grosses multinationales pour s’approvisionner en semences.

En Grèce, en Syrie, ailleurs, les populations déstabilisées par la crise, la guerre, recherchent des semences.

En Syrie, en Irak, berceau des céréales, les banques de semences ancestrales ont été détruites systématiquement par les occidentaux : elles représentaient un patrimoine inestimable de semences anciennes domestiquées par des générations de paysans.

Et il est trop dangereux de confier ce patrimoine à quelques“ banques génétiques“ difficiles d’accès pour le paysan.

Ne pas oublier aussi les sanglantes “émeutes de la faim“ de la décennie passée (du début du 21ème siècle), urbaines pour la plupart, dans un contexte de spéculations sur les céréales, et de perturbations climatiques.

L’agriculture industrielle nous dépossède de nos savoir-faires

Aujourd’hui, les plantes manipulées génétiquement recouvrent, au niveau mondial, une surface agricole équivalente à celle de l’Europe de l’Ouest.

Depuis 2001, on sait que les collections de maïs anciens du Mexique, berceau de cette culture, sont contaminées par du maïs OGM importé des Etats-Unis.

Ces OGM qu’on veut nous imposer ne résoudront en rien la famine et la malnutrition, ou les maladies des plantes et des humains.

Elles sont au contraire un danger, pour l’environnement, pour la santé.

On sait aussi, au niveau agronomique, que la plupart des maladies des plantes sont créées aujourd’hui par l’agriculture industrielle.

Les monocultures actuellement pratiquées par des systèmes agraires simplifiés à l’extrême entraînent une érosion génétique irréversible, porteuse de famines à venir.

Elles sont une insulte à l’ingéniosité sans limite de générations de paysans qui, grâce à elle, ont pu survivre.

Le monopole de l’agro-industrie sur un marché standardisé et mondialisé a provoqué la destruction de ces systèmes agraires millénaires qui avaient permis à des générations de se nourrir.

Nous voulons augmenter la diversité des espèces végétales cultivées

Alors qu’il existait des milliers d’espèces alimentaires sur la planète, elles sont aujourd’hui en voie de disparition accélérée et l’alimentation mondiale repose sur un nombre très restreint d’espèces végétales.

Par exemple, en France, 700 variétés d’avoine conservées dans les congélateurs de l’INRA ont été brûlées, un patrimoine génétique qui part en fumée, parce que cela coûte cher à conserver, et que les chevaux de trait ont disparus, eux dont l’avoine était le carburant principal.

Mais qui sait si, un jour, nous ne devrons pas revenir à la traction animale?

Dans l’élevage, la catastrophe est tout aussi grave.

La conséquence est que fragilité, maladies et épidémies se développent sans retenue, exacerbées par la consanguinité.

Autrefois, chaque pays, chaque vallée avait sa variété adaptée au terroir.

Les échanges entre paysans étaient multiples.

Les variétés voyageaient.

Dans les années 50, en Chine, 10 000 variétés de riz étaient utilisées, chacune avec ses qualités propres.

Mais l’agriculture industrielle nécessite des variétés homogènes et stables, le contraire des critères de sélection des paysans qui travaillent sur des“ populations“, et qui pratiquent une sélection“ massale“.

Populations où il existe beaucoup de diversité, de faculté d’adaptation, d’évolution, de résistance aux contraintes fluctuantes du milieu.

Tout le contraire des “variétés“ industrielles.

Il est essentiel de comprendre ces données car elles hypothèquent l’avenir agricole de la planète, tout en nous faisant croire qu’elles sont la seule voie possible pour assurer l’alimentation d’une humanité en expansion démographique.

Se réapproprier un patrimoine commun

L’équation est simple: la disparition des paysans, c’est la disparition des variétés et des savoir-faire qui leur sont attachés.

C’est pour cela que l’on dit que les paysans et les jardiniers sont les gardiens des semences, et qu’il faut multiplier leur installation.

Pour toutes ces raisons, il nous faut conserver toute la diversité possible des variétés anciennes, et leur accès libre et gratuit, car elles sont les semences du futur.

La seule garantie de leur survie est d`être cultivées dans nos jardins, pas d’être conservées dans des frigos ou des banques de gènes.

Heureusement, la richesse et la diversité des différentes traditions alimentaires résistent encore à l’uniformisation des goûts et des productions, même si d’un continent à l’autre, la situation est très différente.

Ce film se veut un outil pour apprendre à faire soi-même ses semences, ce qui n’est pas très difficile, ne coûte rien, est même un réel plaisir.

Ce savoir ne doit pas rester dans les seules mains de spécialistes qui privatisent l’accès aux semences par le brevetage, par la création de variétés hybrides stériles, toutes protégées par une législation de plus en plus restrictive et aux ordres des multinationales.

Faire soi-même ses semences procède d’un acte gratuit, qui permet de démystifier ce savoir, et d’être autonome.

Il s’agit au contraire d’un patrimoine commun à se réapproprier, à protéger et à faire fructifier.

Crédit image : Myleine Guiard Schmid

La sélection des plantes à l’âge industriel

Texte par Jean-Pierre Berlan, ancien directeur de recherche à l’INRA

Les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement.

La loi de la Vie s’oppose à la loi du Profit.

La Vie existe par la singularité de chaque organisme, l’industrie s’impose par l’uniformité des marchandises.

Pour le capitalisme industriel, la Vie est doublement sacrilège.

Depuis deux siècles, en finir avec ce double sacrilège est la tâche historique que le capitalisme industriel assigne aux sélectionneurs et aux sciences agronomiques.

Elle est maintenant presque achevée.

Le brevet du vivant couronne deux siècles d’efforts pour en finir avec la pratique fondatrice de l’agriculture, semer le grain récolté.

Il s’agit de séparer la production de la reproduction, de faire de la reproduction un privilège du cartel des « sciences de la vie » – les fabricants de pesticides, herbicides, insecticides, larvicides, ovocides, gamétocides, bactéricides, fongicides, mollusquicides, rodenticides, acaricides, nématicides !

Quant à l’uniformité, ces champs industriels trop grands, trop verts, striés par les cicatrices des roues de tracteurs, où les plantes « font la table » – pas une ne dépasse ses voisines – montrent que le but est atteint.

L’histoire de la sélection industrielle est simple à condition de disperser le rideau de fumée génétique.

Il s’agit de remplacer une variété – le caractère d’être varié, contraire de l’uniformité – par des copies d’une plante sélectionnée au sein de la variété – par un clone.

Lorsque les plantes conservent leurs caractères individuels (comme les « autogames », blé, orge, soja etc.), le sélectionneur ne met fin qu’au sacrilège de la diversité. Lorsqu’elles ne les conservent pas, il met fin aux deux simultanément.

C’est ce miracle qu’accomplit le maïs « hybride », la vache sacrée des sciences agronomiques au 20ème siècle.

En 1836, John Le Couteur, un gentilhomme agriculteur anglais – un capitaliste qui investit son capital dans la production agricole – codifie la technique de « l’isolement » pratiquée empiriquement depuis le début du siècle.

Puisque nous cultivons, raisonne-t-il, des variétés (le caractère de ce qui est varié, diversité) de plantes, puisque chaque plante conserve ses caractères individuels, je vais « isoler » dans mes champs » les plantes les plus prometteuses pour les cultiver individuellement[1]et donc les reproduire et les multiplier – pour en faire des copies, des clones– pour enfin sélectionner le meilleur clone et remplacer la variété.

La technique de l’isolement repose sur un principe logique imparable.

Il y a toujours un gain à remplacer une variété de « n’importe quoi » par des copies d’un meilleur « n’importe quoi » isolé au sein de la variété.

Reste à en finir avec le sacrilège de la gratuité.

Un clone autogame se reproduit à l’identique.

Le grain récolté est aussi la semence de l’année suivante.

Il faudra attendre les années 1920 pour que ce problème trouve une amorce de solution administrative/légale en France et le 21ème siècle pour que le brevet vienne en finir avec le scandale de la gratuité de la reproduction.

Depuis la fin des années 1920, les variétés commercialisées doivent être « homogènes » et « stables ».

Homogènes : les plantes doivent être phénotypiquement (visuellement) identiques.

Stables : la même plante doit être offerte à la vente année après année.

Cette double exigence implique que les plantes doivent être génétiquement identiques ou presque.

Cette homogénéité et cette stabilité font l’objet d’un examen par un service officiel. Si une nouvelle variété satisfait ces critères, elle est inscrite à un Catalogue et son obtenteur reçoit un certificat d’obtention qui lui donne le droit de la commercialiser.

En 1960, ce dispositif est repris par le traité de l’Union Pour la Protection des Obtentions Végétales.

La sélection-clonage de Le Couteur et La Gasca a maintenant en quelque sorte un cours international légal dans plus d’une soixantaine de pays.

Le certificat d’obtention protège l’obtenteur du « piratage » de ses clones par des concurrents.

Il laisse libre l’agriculteur de semer le grain qu’il récolte. Il répondait aux besoins des maisons traditionnelles de sélection dirigées par des agronomes passionnés par le travail de sélection.

Mais depuis une trentaine d’années, le Cartel des Cides a pris le contrôle des semences dans le monde.

Pour le Cartel, l’agriculteur qui sème le grain qu’il récolte est désormais un « pirate » qui commet un sacrilège contre la Propriété.

Le brevet du vivant est en train de mettre fin à ce sacrilège.

En 1900, la redécouverte des lois de Mendel permet d’étendre au maïs la méthode de l’isolement.

Mais en pratique, elle s’avère si difficile, si invraisemblable, qu’il a fallu inventer un phénomène biologique, toujours « inexpliqué et inexplicable [2]» – l’hétérosis – pour justifier sa mise en œuvre – alors, que comme nous l’avons vu, aucune justification n’est nécessaire !

Mais le maïs « hybride » met fin au double sacrilège et généticiens et sélectionneurs ont su accréditer et perpétuer l’existence et leur chasse vaine de ce yéti génétique.

En résumé, l’histoire de la sélection industrielle est celle de l’exploitation minière par la sélection-clonage destructrice de la diversité créée par la coopération amicale entre les paysans et la nature depuis les débuts de la domestication des plantes et des animaux.

Car les paysans n’ont pas attendu la génétique pour « améliorer » les plantes. En témoigne le foisonnement de variétés cultivées (et des races animales).

La génétique et la sélection sont des activités distinctes.

Dans les années 1980, j’ai eu la chance de voir un très grand sélectionneur de blé, Claude Benoît, au travail dans un champ de blé en disjonction.

Au début, pour moi, les plantes étaient toutes les mêmes.

A la fin de la journée, je commençais à les distinguer grossièrement et à comprendre les critères de sélection de Claude Benoît. « Commençais », car Claude Benoît ne pouvait pas lui même expliquer ce qui lui faisait retenir parmi des plantes qui me paraissaient strictement semblables celle-ci plutôt que celle-là.

C’est que sélectionner repose sur un savoir « non codifié » qui ne peut être explicité ou qu’il l’est avec difficulté.

Le travail méticuleux du sélectionneur guidé par l’expérience, par une longue familiarité avec la plante, par l’empathie pour ne pas dire l’amour qu’il [3]lui porte, par un sens aigu de l’observation, par sa connaissance agronomique, n’a pas besoin du généticien

[4]L’ésotérisme de la génétique sert plutôt à intimider ceux qui voudraient faire de la sélection, à les décourager, à faire qu’ils renoncent.

Comme on l’a vu, le Généticien, comme tous les scientifiques, peut se tromper en nous trompant pourvu de ne pas se tromper sur les intérêts qu’il doit servir.

Il ne sert à rien de verser des larmes de crocodile sur l’effondrement de la biodiversité cultivée alors que toute la dynamique du capitalisme industriel y tend et que le système réglementaire et législatif et de répression encadrant la production et la vente de semences impose une seule méthode de sélection vieille de deux siècles.

En attendant que les luttes contre l’infamie du brevet du vivant aboutissent, que saute un encadrement juridique imposant une méthode de sélection de destruction de la diversité, édictée pour industrialiser l’agriculture et éliminer les paysans, en attendant d’expulser le Cartel des Cides de la Vie, s’organiser collectivement pour cultiver la diversité, partager les semences, diffuser le savoir-faire correspondant, comme les générations de paysans l’ont fait avant nous, sont dans le monde entier des actes de survie autant que de résistance et de liberté. Kokopelli a montré le chemin.

Longo Maï décrit, pas à pas, comment nous réapproprier et nos semences et notre avenir.

Jean-Pierre Berlan, ancien directeur de recherche à l’INRA

[1]Cette individualisation de la plante accompagne la montée de l’individualisme bourgeois.

[2]Termes utilisés à plusieurs reprises lors du Symposium mondial (400 chercheurs !) consacré à « Hétérosis dans les cultures » organisé par le Centre International du Maïs et du Blé à Mexico.

[3]Un vieux sélectionneur de l’Inra m’a dit cette chose magnifique, un peu gêné: « Tu sais, quand je suis seul avec mes plantes, je leur parle ».

[4](8.) Pour cette raison, le cartel des Cides a racheté les entreprises de semences. Leurs biologistes moléculaires manipulateurs de gènes sont bien incapables de faire un travail de sélection.

Crédit image : Myleine Guiard Schmid

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